J’ouvre les yeux. Impressions d’être posée sur un nuage. Mon corps repu et détendu se fait invisible à mes sens. Tout un kaléidoscope d’images déferle à travers mon cerveau ravi. Pourtant je suis ramassée sur le sol contre la colonne d’acier où il y a quelques minutes ou quelques heures je ne sais, mes poignets suspendus m’étiraient comme une poupée de caoutchouc. Et pas la moindre sensation de douleur, même pas de traces des lanières sur ma peau de lait.
Ma main gauche encore à moitié enfoncée dans le vagin, gluante de mes humeurs, issues de mes cris de jouissances. Ma gorge est râpeuse, mes râles de plaisirs à force de jaillir ont usés mes cordes vocales, ou peut-être est-ce la friction de son membre dans sa danse frémissante qui, à coup de boutoir à tuméfié le fond de ma bouche gourmande.
Je sens encore battre, au creux de ma paume le sang de ses testicules que j’ai crochetés en hurlant mon extase au moment de son jet.
Les chaines sont encore attachées aux bracelets de cuir noir et les enserrent encore. La cravache à la morsure piquante de la pointe du sein, et posée sur mon pied, chatouille mon orteil. Le masque aux yeux bouchés, pend sur mon cou et mon bustier à lacets est encore trop serré, mais il n’existe pas, je suis toute de ouate cernée. Le martinet, à deux pas tresse ses brins mêlés et les chaînes au sol dessinent des chemins que mes yeux suivent un temps, avant de revenir vers la glace murale qui me renvoie l’image d’une scène macabre. Une fille dévêtue étendue sur le sol à moitié attachée, la crinière en fatras et le corps affalé, le regard somnolent pareil à un drogué qui sort un peu de l’ombre, d’une dose chargée. Je lui ai tout donné et il à vraiment tout pris : mon désir, mes joies et mes douleurs, tous mes trous et mon cœur qu’il traine entre ses doigts.
Lentement, je défais un à un les liens qui me recouvrent, me dégage de tout ce fourbis inutile car il n’est plus ici. Je me traine à la douche pour me déshabiller de l’odeur de l’amour et des coups de plaisir. Je chausse à nouveau mes souliers distingués, aux talons effilés, ajuste sur mes seins le bustier balconnet, tire un peu sur mes bas qui sont d’ailleurs filés. Un coup de rouge sur mes lèvres encore un peu gonflées, un coup de brosse pour ajuster ma chevelure gluante des gouttes de son jus.
J’endosse le manteau sur mon corps presque nu. Mon sac, où sont rangés, mes clefs, ma culotte et mon portable que je peux rallumer. Ma voiture m’attend.
Je tire sur la porte et la referme sur cet après-midi furieux qui brûle toujours en moi et qui réclame son retour, vite!

